Système canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (SCSRA) — Canada.ca : Faits saillants

Créé en 2015, le Système canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (SCSRA) sert de point focal national pour la surveillance de la RAM et de l'UAM. Il met en valeur les données et les tendances provenant de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de ses partenaires, et fournit des informations pertinentes, opportunes, précises et complètes aux parties prenantes afin de soutenir la recherche, les politiques et les interventions.

  • Dernière mise à jour : 2026-01-28

Cette page présente les principales conclusions et les développements récents, et donne accès à des plateformes interactives et à des ressources qui soutiennent les efforts nationaux de surveillance de la RAM et de l'UAM. Le contenu est mis à jour régulièrement à mesure que de nouvelles données et informations deviennent disponibles, afin d’assurer que les parties prenantes aient accès aux renseignements les plus récents et les plus pertinents sur les tendances en matière de RAM et d’UAM à l'échelle nationale.

Sur cette page

Faits saillants et compte rendu intégré pour 2025 : résistance aux antimicrobiens (RAM) et utilisation des antimicrobiens (UAM)

En 2023, les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de la Santé et de l'Agriculture ont publié le Plan d'action pancanadien sur la résistance aux antimicrobiens (PAPC), un plan d'action quinquennal qui établit les engagements du gouvernement fédéral, des provinces et des territoires en matière de RAM pour une période de cinq ans (2023 à 2027). Dix mesures prioritaires orientent les efforts multisectoriels et multijuridictionnels du Canada dans cinq domaines : la recherche et l'innovation, la surveillance, l'intendance, la prévention et le contrôle des infections (PCI) ainsi que le leadership. La surveillance est à la base de la capacité du Canada à détecter, à comprendre et à prendre les mesures nécessaires pour répondre aux menaces émergentes pour la santé publique.

L’approche « Une seule santé » du Canada en matière de surveillance de la RAM et de l’UAM

Le Canada dispose d’une solide base de surveillance de la RAM et de l’UAM. Cette approche reconnaît l’interconnexion entre les humains, les animaux et l’environnement dans le développement, la transmission et la propagation de la résistance. Afin d’appuyer et d’éclairer les mesures, de révéler les tendances et les lacunes, et d’aider à mesurer l’effet des interventions, d’importants efforts de surveillance sont menés dans l’ensemble des secteurs de l’approche « Une seule santé ». Cela comprend :

Une réponse pancanadienne efficace à la RAM repose sur la capacité à détecter et à comprendre les tendances actuelles en matière de RAM et d’UAM partout au Canada. Cependant, la RAM est une question complexe qui se manifeste à l’intérieur et entre les secteurs de l’approche « Une seule santé ». Ainsi, les initiatives de surveillance éclairent et bénéficient des approches nationales multidisciplinaires plus larges, comme l’Initiative de recherche et de développement en génomique (IRDG), qui contribuent à une approche « Une seule santé » plus durable et intégrée pour surveiller et atténuer la RAM dans tous les secteurs. Au cours de sa première phase, le projet sur la résistance aux antimicrobiens de l’IRDG (2016-2022) a réuni 23 scientifiques et leurs équipes provenant de cinq ministères et organismes fédéraux afin de renforcer la capacité scientifique du Canada à lutter contre la RAM grâce à la génomique.

Cette collaboration a permis de mieux comprendre les processus qui contribuent à l’émergence de la RAM dans les systèmes de production alimentaire, d’examiner les voies d’exposition reliant la santé agricole et la santé humaine, et de développer des outils et des infrastructures d’analyse pour étudier la transmission de la RAM. Elle a également exploré des solutions de rechange aux antibiotiques afin de réduire la pression de sélection, éclairant ainsi les décisions en matière de santé publique et de production alimentaire, tout en jetant les bases d’une surveillance génomique coordonnée selon l’approche « Une seule santé ». S’appuyant sur ces travaux et afin de mieux s’attaquer à la complexité de la RAM, le Canada a lancé le projet IRDG sur la résistance aux antimicrobiens – Une seule santé (IRDG-RAM-SS), un projet quinquennal (2022-2027) qui rassemble une équipe diversifiée d’experts issus de divers ministères et organismes scientifiques fédéraux.

Cette initiative utilise des méthodologies de pointe, telles que la métagénomique et le séquençage complet du génome, pour suivre la circulation de la résistance entre les hôpitaux, les exploitations agricoles, les aliments (domestiques et importés), l’eau, la faune et les communautés. Le projet IRDG-RAM-SS génère des connaissances essentielles sur l’étiologie de la RAM dans l’ensemble du continuum « Une seule santé », contribuant ainsi à l’élaboration de solutions concrètes pour lutter contre la RAM au Canada et à l’échelle internationale. À ce jour, cette initiative a produit 88 nouvelles publications évaluées par des pairs et 140 activités de communication publique, notamment des conférences et des publications, apportant une contribution majeure à la base de connaissances du Canada sur la RAM dans le cadre de l’approche « Une seule santé ».

Résumée et importance des constations sur la RAM chez l'humain

La RAM est en hausse au Canada. De multiples agents pathogènes présentent une augmentation du nombre de cas, une évolution des profils de résistance et des répercussions croissantes sur les systèmes de santé et de santé publique. Une surveillance rapide et précise de la RAM est essentielle pour détecter les menaces émergentes, préserver l’efficacité des traitements, orienter les décisions en santé publique et en pratique clinique, et protéger la santé actuelle et future de la population. Appuyé par des partenaires nationaux clés en matière de surveillance, le SCSRA suit et rapporte les données essentielles, les profils et tendances de résistance dans tous les secteurs.

Les données de surveillance sont présentées selon le niveau de priorité (ou de palier) des agents pathogènes, tel que défini dans le plus récent Cadre canadien de priorisation des agents pathogènes résistants aux antimicrobiens.

Les menaces hautement prioritaires (niveaux 1) comprennent les organismes résistants aux carbapénèmes (ORC), Candida auris, et Neisseria gonorrhoeae résistante aux médicaments, qui se caractérisent tous par des options de traitement limitées, une augmentation de la résistance et du nombre de cas en augmentation, la nécessité de renforcer la surveillance nationale, ainsi que la nécessité de réévaluer les lignes directrices thérapeutiques et l’accès aux médicaments. Les Entérobactéries productrices de β-lactamases à spectre étendu (BLSE) font également partie du niveau 1, compte tenu de leur prévalence continue et croissante chez les humains, les animaux et dans les aliments.

Les menaces de priorité moyenne-haute (niveau 2) telles que les infections à Shigella résistante aux médicaments, Mycoplasma genitalium, Streptococcus pneumoniae résistant aux antibiotiques et les infections sanguines communautaires à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) se propagent dans les milieux communautaires, touchant particulièrement les populations vulnérables et marginalisées.

D’autres menaces, notamment la tuberculose (TB) résistante aux médicaments et le Streptococcus du groupe A invasif (ISGA) résistant à la clindamycine suscitent également des préoccupations croissantes. La hausse de la résistance à l'échelle internationale (TB) et l’augmentation du nombre de cas (ISGA) soulèvent des inquiétudes quant à la possibilité d’éclosions futures.

Ensemble, ces constatations soulignent la nécessité continue de renforcer la surveillance de la RAM, d'améliorer la prévention et le contrôle des infections, de promouvoir l’intendance des antimicrobiens et d’appuyer des interventions coordonnées aux niveaux local, provincial/territorial, national et mondial.

Tendances de la RAM chez l'humain

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Agents pathogènes hautement prioritaires
Agents pathogènes de priorité moyenne à élevée
Agents pathogènes de priorité moyenne à faible
Agents pathogènes de priorité faible
Remarques
  • * : Les termes « rare » et « émergent » font référence à une augmentation du nombre de cas résistants détectés, en particulier au sein de sous-populations spécifiques, ce qui indique une préoccupation croissante qui n'est peut-être pas encore pleinement prise en compte par les efforts nationaux de surveillance renforcée existants.
  • ** : Bien que Clostridioides difficile (ICD) soit répertorié comme un agent pathogène associé à la RAM, l’organisme est rarement résistant aux antimicrobiens utilisés pour traiter l’ICD. Toutefois, il survient souvent chez des personnes ayant pris des antimicrobiens et constitue un indicateur majeur d’une utilisation antérieure d’antimicrobiens (UAM), un facteur clé à l’origine de la RAM.
  • Le tableau ci-dessus met en évidence certains agents pathogènes clés responsables de la RAM chez l'homme, identifiés grâce aux programmes de surveillance nationaux et provinciaux/territoriaux. Il ne se veut pas exhaustif, et l'absence d'un agent pathogène ne doit pas être interprétée comme un moindre problème de santé publique. Lorsque cela est possible, les informations fournies par les partenaires provinciaux/territoriaux en matière de santé publique sont incluses afin d'apporter un contexte et des nuances supplémentaires.

Tendances de l’UAM et implications potentielles

La surveillance de l’UAM est essentielle à la lutte contre la RAM. Le gouvernement du Canada assure le suivi de l’UAM et/ou des ventes et de la distribution d’antimicrobiens dans les secteurs humain, animal et végétal/agricole afin d’identifier les tendances d’utilisation excessive ou de prescription inappropriée (lorsque les données le permettent), de suivre l’évolution des tendances dans le temps, et d’éclairer les initiatives d’intendance (des interventions visant à promouvoir une utilisation appropriée des antimicrobiens afin de limiter le développement de la résistance et de préserver leur efficacité pour l’avenir) ainsi que l’élaboration de politiques. Cette surveillance intégrée soutient les efforts visant à préserver l’efficacité de ces médicaments essentiels. La réduction de l’utilisation inutile des antimicrobiens contribue à protéger la santé humaine et animale en veillant à ce que ces médicaments demeurent efficaces et accessibles pour les générations actuelles et futures.

Secteur humain : UAM dans les milieux communautaires et hospitaliers (2020-2024)

À l’échelle du Canada, l’UAM montre à la fois des progrès et des défis persistants en matière d’intendance. Après une baisse marquée pendant la pandémie, les taux de prescription communautaire d’antimicrobiens ont rebondi de 24 % entre 2020 et 2024, revenant à des niveaux comparables à ceux de 2019. Cette reprise a été le principal moteur de l’augmentation nationale globale de 23 % observée dans tous les secteurs durant cette période. Malgré cela, les schémas de prescription continuent de refléter des tendances positives en matière d’intendance, plus de 70 % des prescriptions communautaires d’antimicrobiens relevant de la catégorie “Accès” de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Dans les hôpitaux, l’utilisation des antimicrobiens repose davantage sur les médicaments des catégories « Accès » et « À surveiller », et plus de 25 % des prescriptions sont jugées inappropriées ou sous-optimales. L’expansion de la surveillance de la pertinence de l’utilisation pourrait contribuer à renforcer les stratégies d’intendance locales, régionales et nationales. À l’échelle internationale, le Canada se classe au 23e rang le plus faible pour la consommation d’antimicrobiens par habitant parmi 65 pays, territoires et zones participant au module de consommation d’antimicrobiens (AMC) du système GLASS de l’OMS (2024), et demeure en dessous de la moyenne de l’OCDE — un indicateur positif de progrès soutenu en matière d’intendance.

🏘 Communauté

Faits saillants
  • 📈 Baisse globale des taux de prescription entre 2019 et 2021, suivie d'une augmentation de 24 % (2020 à 2024), pour revenir aux niveaux d'avant la pandémie.
  • 🌍 Classification AWaRe : plus de 70 % des médicaments prescrits appartiennent à la catégorie « Accès ».
  • 💊 Antibiotiques les plus prescrits : pénicillines (avec ou sans) inhibiteurs de β-lactamase, les macrolides, et les tétracyclines.
Implications potentielles
  • 🛡️ Le rebond post-pandémique suggère un retour aux habitudes de prescription d'avant-pandémie, ce qui renforce la nécessité de maintenir et de renforcer les initiatives de gestion communautaire.

🏥 Hôpitaux

Faits saillants
  • ✖ Plus de 25 % des prescriptions jugées inappropriées ou sous-optimales selon les données combinées de 2018 à 2024 dans les hôpitaux volontaires participants.
  • 🌍 Classification AWaRe : La plupart des UAM relèvent des catégories « À surveiller » (55 %) et « Accès » (~44 %). Le groupe «Réserve » représentait environ 1 % de l'UAM hospitalière (dont environ 18 % étaient jugées inappropriées).
  • 🏥 Parmi les prescriptions inappropriées, les indications les plus fréquemment rapportées étaient la prophylaxie chirurgicale (12,3 %), la cystite (10,7 %) et la pneumonie communautaire (9,3 %).
  • 💊 Environ 22 % des prescriptions inappropriées concernaient des indications ne nécessitant aucun traitement antimicrobien. Parmi les prescriptions où un antimicrobien était indiqué, les principales raisons de prescription inappropriée étaient une durée incorrecte (34 %), un spectre excessif (32 %) et une dose ou une fréquence incorrecte (17 %).
  • 💊 Antibiotiques les plus prescrits : les céphalosporines de 1re et 3e génération (avec une augmentation de l'utilisation de la 3e génération). L'usage des quinolones à large spectre a fortement diminué au fil des ans.
Implications potentielles
  • 🎯 L'élargissement de la surveillance de la pertinence de l'utilisation pourrait contribuer à renforcer les stratégies locales, régionales et nationales d'intendance.

🌍 International

Faits saillants
  • 🌍 Par habitant, le Canada se classe au 23e rang parmi 65 pays, territoires et régions participant au GLASS AMC (2024) de l'OMS, ce qui est inférieur à la moyenne de l'OCDE.
Implications potentielles
  • 🌟 La consommation relativement faible d'antimicrobiens par habitant au Canada est un indicateur positif des efforts continus d’intendance.

Surveillance intégrée chez l’humain, les animaux, dans les aliments et l’environnement : RAM et UAM dans l’ensemble des secteurs (2019 à 2023)

Reconnue mondialement comme essentielle, la surveillance intégrée « Une seule santé » est la pierre angulaire des efforts visant à lutter contre la RAM, car elle tient compte de l'interdépendance entre les humains, les animaux, les plantes et les cultures, l'alimentation et l'environnement. Au Canada, les données sur l'UAM et/ou les ventes d'antimicrobiens dans les secteurs humain, animal et végétal/agricole sont intégrées afin d'évaluer les modes d'utilisation et de comprendre la pression sélective (qui peut favoriser le développement et l’évolution d’organismes résistants aux antimicrobiens). Les données sur la RAM sont également intégrées à partir de sources provenant de toute la chaîne alimentaire et chez les humains. Dans la mesure du possible, les données sur la RAM et l'UAM sont intégrées afin de mieux comprendre les tendances et les facteurs de résistance.

Au cours des dernières années, et jusqu'en 2023, la quantité d'antimicrobiens importants sur le plan médical (selon le système de catégorisation de Santé Canada) vendus pour être utilisés chez les animaux s’est stabilisée. Les données issues de la surveillance volontaire des fermes sentinelles entre 2019 et 2023 ont montré une baisse de l'UAM dans les élevages de poulets de chair, de dindes et de porcs en croissance-finition, ainsi que dans les élevages de bovins de boucherie. L'UAM a augmenté dans les fermes laitières sentinelles entre 2019 et 2022, ce qui peut s'expliquer en partie par l'amélioration de la déclaration des données en 2021-2022. Dans les exploitations aquacoles, l'UAM a diminué entre 2019 et 2022 (données de Pêches et Océans Canada). Moins de 2 % de l'UAM déclarée dans les exploitations terrestres concernait des antimicrobiens de catégorie I, qui sont d'une importance capitale pour la médecine humaine. Cependant, des tendances préoccupantes à l'augmentation de la résistance sont apparues tout au long de la chaîne alimentaire, notamment chez les Salmonella non typhoïdiques productrices de BLSE, les Salmonella Enteritidis résistantes à l'acide nalidixique, et les Campylobacter résistantes à la ciprofloxacine.

Catégorie Faits saillants Implications potentielles
RAM intégrée (humain, animale et alimentaire)

Augmentation des cas de Salmonella non typhoïdique productrice de BLSE :

Les cas de Salmonella non typhoïdique productrice de BLSE chez l'homme, chez les animaux et dans les aliments ont continué d'augmenter en 2023.

Augmentation de la résistance à l'acide nalidixique chez Salmonella Enteritidis :

La résistance chez les poulets (isolats diagnostiques) et la viande de poulet a continué d'augmenter en 2023. Historiquement, S. Enteritidis provenant de poulets présentait une sensibilité presque totale aux antimicrobiens testés, mais une résistance à l'acide nalidixique est apparue en 2018.

Ces bactéries productrices de BLSE sont résistantes aux céphalosporines de troisième génération et sont classées comme agents pathogènes hautement prioritaires (niveau 1) au Canada, ainsi que comme appartenant à un groupe critique par l'OMS. Cela soulève des inquiétudes quant aux options de traitement et à la transmission par les aliments.

La résistance à l'acide nalidixique indique une efficacité réduite des fluoroquinolones, un traitement clé pour les infections humaines graves. Cela soulève des inquiétudes quant à la progression vers une résistance totale.

RAM intégrée (environnementale et autres sources)

Une résistance aux antimicrobiens de catégorie I a été détectée dans des isolats provenant des eaux de surface et de l’environnement d’animaux malades en 2023.

En 2023, des Salmonella non typhoïdiques résistantes, capables de provoquer des maladies chez l'humain ont été détectées dans des ingrédients destinés à l'alimentation animale et dans des aliments composés.

Cela soulève des inquiétudes quant aux voies environnementales contribuant à la propagation des bactéries résistantes.

La surveillance des aliments pour animaux est importante, car ceux-ci peuvent servir de point d'entrée aux bactéries résistantes dans la chaîne alimentaire, ce qui présente des risques pour la santé humaine et animale.

UAM/RAM intégrés (humains, animaux et alimentaires)

Augmentation de la résistance à la ciprofloxacine chez Campylobacter :

La résistance à la ciprofloxacine chez Campylobacter provenant d'animaux et d'aliments a augmenté en 2023, malgré des ventes relativement faibles de fluoroquinolones destinées à un usage vétérinaire.

Chez l'homme, la résistance est restée élevée ou très élevée de 2018 à 2022, malgré une diminution de l'utilisation des fluoroquinolones en santé humaine (2019-2023).

Campylobacter est une cause majeure de maladies d'origine alimentaire chez l'homme. Les fluoroquinolones sont l'un des principaux traitements (en cas de besoin), les macrolides constituant une alternative. La surveillance de l'utilisation des fluoroquinolones et de la résistance chez les bactéries zoonotiques et commensales provenant des animaux et des aliments peut aider à comprendre les sources de bactéries résistantes chez l'homme.

Ventes d'antimicrobiens vétérinaires et surveillance sentinelle de l'UAM dans les exploitations agricoles terrestres

Entre 2019 et 2023, la quantité d'antimicrobiens importants sur le plan médical vendus pour être utilisés chez les animaux s'est stabilisée au Canada. Le Canada est passé de la 6e place (en 2021) à la 4e place (en 2022) dans le classement des ventes d'antimicrobiens vétérinaires par rapport aux 31 pays du réseau européen.

En 2023, la plupart des antimicrobiens vendus pour les animaux d'élevage appartenaient aux catégories II et III. Moins de 2 % de l'utilisation d'antimicrobiens déclarée dans les fermes sentinelles concernait des antimicrobiens de catégorie I (très importants pour la médecine humaine).

Des mesures continues sont nécessaires pour garantir une utilisation prudente de tous les antimicrobiens au Canada.

Les antimicrobiens de catégorie I sont essentiels pour traiter les infections humaines graves et les alternatives sont limitées. Certains antimicrobiens de catégorie I, comme les céphalosporines de 3e génération et les fluoroquinolones, sont également considérés comme des « antimicrobiens d'importance critique en médecine vétérinaire » par l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Évolution de la liste des agent pathogènes prioritaires en matière de RAM chez l’humain

Depuis près de deux décennies, les organismes de santé nationaux et internationaux établissent des priorités parmi les agents pathogènes résistants aux antimicrobiens afin d'orienter la surveillance, la prévention et les interventions. S'appuyant sur les cadres de priorisation élaborés précédemment par les Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l'ASPC a procédé à sa première priorisation en matière de RAM en 2015, passant ainsi les bases du SCSRA. Depuis lors, d'autres initiatives ont permis d'affiner les priorités mondiales, notamment la mise à jour de la liste des menaces du CDC (2019) et les listes des agents pathogènes prioritaires bactériens (2017, mise à jour en 2024) et fongiques (2022) de l'OMS.

En 2025, s'appuyant sur les données de surveillance améliorées du SCSRA et d'autres programmes nationaux, l'ASPC a mis à jour la liste des agents pathogènes prioritaires liés à la RAM au Canada. Sur les 155 agents pathogènes examinés, 68 présentaient des signes de RAM. Après un examen rigoureux par des experts en la matière, 29 agents pathogènes ont fait l'objet d'une évaluation détaillée à l'aide d'un cadre d'analyse décisionnelle multicritères (MCDA) basé sur les données canadiennes disponibles pour la période 2017 à 2022. Les agents pathogènes ont été classés par niveaux à l'aide de neuf critères pondérés : tendance, détection, morbidité, incidence, traitabilité, équité en matière de santé, prévisibilité, létalité et mode de transmission. Ces critères sont conformes aux meilleures pratiques mondiales, mais ont été adaptés aux priorités canadiennes. Le Canada est le premier pays à inclure l'équité en santé dans un tel exercice, ce qui reflète son engagement à lutter contre les disparités dans l'impact de la RAM.

Les Entérobactéries résistantes au carbapénème (ERC) et les Entérobactéries productrices de BLSE ont conservé leur statut de groupe de priorité élevée de niveau 1. Parmi les changements notables, on peut citer la résistance médicamenteuse de Neisseria gonorrhoeae et la résistance au carbapénème d'Acinetobacter spp., qui sont passés du niveau 2 (priorité moyenne-élevée), et la résistance au carbapénème de Pseudomonas aeruginosa, qui est passée du niveau 3 (priorité moyenne-faible) au niveau 1. Candida auris est un nouvel ajout important.

Le niveau 2 a conservé les Enterococcus spp. résistants à la vancomycine, avec une progression des Streptococcus pneumoniae résistants aux médicaments, des Salmonella spp. résistants aux médicaments non typhoïdiques et des Shigella spp. résistants aux médicaments, tandis que les Staphylococcus aureus résistants à la méthicilline ont quitté le niveau 1. Le Mycoplasma genitalium a été nouvellement reconnu comme appartenant au niveau 2.

Le niveau 3 a conservé les Streptococcus du groupe B résistants aux médicaments et les espèces d'Aspergillus spp. résistants aux médicaments, avec un reclassement à la hausse por les virus de la grippe A résistants, le VIH résistant aux médicaments et les Salmonella spp. typhoïdes résistantes aux médicaments. Parmi les reclassements à la baisse, on note le Clostridioides difficile, retiré du niveau 1, ainsi que le streptocoque du groupe A invasif résistant à la clindamycine, et les agents pathogènes suivants : Haemophilus influenzae multirésistant, Treponema pallidum, Chlamydia trachomatis et les mycobactéries pulmonaires non tuberculeuses. Par ailleurs, les Campylobacter spp. résistants, Helicobacter pylori, les espèces de Candida autre que C. auris et les Bacteroides spp. ont chuté depuis des niveaux supérieurs. Ureaplasma spp. a été nouvellement ajouté au niveau 4 (faible priorité).

Dans l'ensemble, le paysage de la menace de la RAM au Canada a évolué au cours de la dernière décennie. Candida auris, les bactéries à gram négatif, notamment l'ERC, Pseudomonas et Acinetobacter, ainsi que celles responsables d’infections transmissibles sexuellement (ITS) résistantes aux médicaments, telles que Neisseria gonorrhoeae et Mycoplasma genitalium, apparaissent comme des menaces de plus en plus urgentes. À l'inverse, certains agents pathogènes auparavant considérés comme hautement prioritaires, tels que le SARM et Clostridioides difficile, ont vu leur priorité diminuer, même s'ils continuent de poser des problèmes importants en matière de santé publique. Les agents pathogènes de niveau 1 et 2 représentent les menaces les plus critiques et nécessitent des ressources ciblées pour la prévention, la détection précoce et une surveillance renforcée. L'inclusion de l'équité en santé souligne la nécessité de stratégies ciblées pour atténuer l'impact de la RAM sur les populations marginalisées, en particulier dans le cas des ITS, en garantissant une allocation efficace des ressources et une réponse nationale renforcée à la RAM.

Domaines d’exploration actuels et émergents

Surveillance environnementale

Cadre stratégique de surveillance environnementale (CSSE)

Feuille de route fédérale pour lutter contre la RAM dans l'environnement

Les antimicrobiens sont essentiels pour protéger la santé humaine, animale et végétale/agricole. Cependant, les organismes résistants aux antimicrobiens (ORA) et les gènes de résistance peuvent être présents dans—et transmis par—l’environnement, y compris l'eau, l'air, le sol, la flore et la faune, et se transmettre par ces vecteurs. Les humains peuvent y être exposés dans le cadre d'activités récréatives et professionnelles, ou par l'intermédiaire des aliments, de l'eau et de l'air. De même, le bétail, les animaux de compagnie, la faune sauvage et les plantes/cultures sont également exposés à des risques liés à des sources environnementales.

Bien qu'un certain niveau de RAM soit naturel, la contamination de l'environnement par des micro-organismes résistants, des gènes de résistance, des résidus antimicrobiens et d'autres polluants chimiques peut contribuer au développement et à la propagation de la résistance.

À ce jour, la surveillance de la RAM menée par l'ASPC au Canada s'est principalement concentrée sur la santé humaine et animale. Le Cadre stratégique de surveillance environnementale (CSSE) fournit des orientations pour faire progresser la surveillance dans le domaine environnementale. Les principaux objectifs sont les suivants :

Un projet pilote national de surveillance de la RAM dans les eaux de surface et les eaux usées est en cours et contribuera à renforcer la base de données factuelles pour les mesures de santé publique, l'élaboration de politiques et les interventions visant à atténuer les risques liés à la RAM dans tous les secteurs de l’approche « Une seule santé ».

Remarque : Pour faire progresser la surveillance de la RAM dans l'environnement, il faudra une collaboration étroite entre les ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux afin de tirer parti des mandats, de l'expertise et des réseaux de surveillance complémentaires. Cela s'inscrit dans le cadre des engagements fédéraux pris dans le Plan d'action pancanadien sur la résistance aux antimicrobiens.

L’enquête sur la Santé, les attitudes et les connaissances comportementales (SACC)

L’enquête sur la Santé, les attitudes et les connaissances comportementales (SACC), menée par le Conseil privé du Canada, recueille des données sur la santé, les comportements, les attitudes et les pratiques des Canadiens afin d'éclairer les politiques et les programmes de santé publique. L'équipe SCSRA a analysé les données de l'enquête de novembre 2023 (n = 2 036) afin de mieux comprendre les habitudes d'utilisation des antibiotiques et d'automédication au Canada.

Principales conclusions :

Ces résultats soulignent la nécessité de collecter régulièrement des données nationales sur l'UAM et l'automédication, et de mener des actions éducatives ciblées sur la RAM et les risques liés à l'utilisation non prescrite, en particulier au point de prescription.

Limites : les enquêtes SACC ne prennent pas en compte les adultes vivant dans des établissements de santé ou des établissements de soins de longue durée, et peuvent sous-représenter les adultes fragiles vivant à domicile.

UAM humaine dans les soins primaires

Réseau canadien de surveillance sentinelle des soins primaires (RCSSSP)

Le RCSSSP est un système de surveillance pancanadien basé sur les dossiers médicaux électroniques (DME). Il recueille des données cliniques anonymisées auprès de plus de 1 200 prestataires de soins primaires dans huit provinces, représentant environ deux millions de patients. Étant donné que près de 90 % des antibiotiques au Canada sont prescrits en dehors des hôpitaux, le RCSSSP offre une occasion unique d'examiner les pratiques de prescription dans le milieu des soins primaires, où les ensembles de données nationales ont toujours été limités et fragmentaires. Les infections des voies urinaires (IVU) et les infections de la peau et des tissus mous (IPTM), qui comptent parmi les infections bactériennes les plus courantes prises en charge en soins primaires, représentent une part importante des prescriptions d'antibiotiques. Étant donné que les traitements de première intention pour les IVU et les IPTM sont de plus en plus affectés par la résistance, il est essentiel de surveiller les tendances en matière de prescription afin de soutenir la gestion des antibiotiques et de préserver les options thérapeutiques existantes.

Faits saillants Implications potentielles

Infections urinaires (IVU) 2017 à 2021 :

227 154 IVU ont été identifiées—59 % (134 425 cas) ont reçu au moins un antibiotique, pour un total de 149 181 ordonnances.

La prescription d'antibiotiques était plus élevée chez les patientes de sexe féminin (66 %).

Principaux antibiotiques utilisés pour traiter les IVU (2021) : nitrofurantoïne (42 %) (traitement de première intention recommandé), ciprofloxacine (13 %), sulfaméthoxazole-triméthoprime (13 %), fosfomycine (10 %) et céfixime (5 %).

Les tendances en matière de prescriptions d'antibiotiques associés aux infections urinaires montrent une baisse de l'utilisation de l'amoxicilline (de 11 % à 5 %), une légère augmentation de l'utilisation de l'amoxicilline avec un inhibiteur de β-lactamase (de 1,6 % à 2,7 %) ; une légère diminution de l'utilisation de la ciprofloxacine (de 14,3 % à 12,7 %) et un doublement de l'utilisation de la fosfomycine (de 5 % à 10 %).

Les infections urinaires sont un facteur clé de la prescription d'antibiotiques en ambulatoire et contribuent à la pression de sélection de la RAM, renforçant ainsi la nécessité d'une gestion ciblée et d'une éducation des patients sur la RAM et l'utilisation des antimicrobiens.

Les changements dans la prescription d'antibiotiques peuvent refléter l'utilisation d'antibiotiques recommandés par les lignes directrices et/ou l'évolution des schémas de RAM pour les infections urinaires.

Infections de la peau et des tissus mous (IPTM) 2017 à 2021 :

155 277 IPTM ont été identifiées—47 % (73 672 cas) ont reçu au moins un antibiotique, pour un total de 82 997 ordonnances.

La prescription d'antibiotiques était similaire chez les patients masculins (48 %) et féminins (47 %).

Principaux antibiotiques utilisés pour traiter les IPTM (2021) : céfalexine (54 %) (traitement de première intention recommandé), amoxicilline avec un inhibiteur de β-lactamase (9 %), doxycycline (8 %), sulfaméthoxazole-triméthoprime (6 %) et clindamycine (5 %).

Les tendances en matière de prescriptions d'antibiotiques associés aux IPTM montrent une augmentation de l'utilisation de l'amoxicilline (avec un inhibiteur de bêta-lactamase) (de 5,6 % à 8,6 %), une augmentation de l'utilisation de la doxycycline (de 3,9 % à 8,1 %) et une diminution de l'utilisation de la clindamycine (de 6,9 % à 5,4 %).

Les changements dans la prescription d'antibiotiques peuvent refléter l'utilisation d'antibiotiques recommandés par les lignes directrices et/ou l'évolution des profils de RAM pour les infections cutanées et des tissus mous.

Projet exploratoire sur les antibiogrammes

Surveillance sentinelle des agents pathogènes humains – CANWARD

Les données d'antibiogrammes constituent une source d'information importante pour suivre les tendances en matière de RAM. Cependant, la collecte et l'intégration des données des laboratoires hospitaliers à des fins de surveillance nationale sont complexes en raison des défis liés à la confidentialité et à la standardisation des données.

L'étude canadienne CANWARD (Canadian Antimicrobial Resistance Alliance) est un réseau sentinelle regroupant de 10 à 15 hôpitaux (principalement des hôpitaux universitaires) dans 8 provinces. Elle a fourni des informations précieuses et limitées dans le temps sur les tendances en matière d'infections sanguines et de RAM, contribuant ainsi à combler d'importantes lacunes dans les données pendant que l'ASPC met en place des systèmes plus durables.

CANWARD a fourni un aperçu intérimaire de tendances des antibiogrammes hospitaliers au Canada, comblant des lacunes essentielles en matière de données probantes pendant que le réseau RésRAM était en cours d'expansion. Le RésRAM est déjà opérationnel et certaines de ses données ont été incluses dans le présent rapport. Il devrait devenir la principale source de données sur les antibiogrammes hospitaliers et communautaires, offrant une couverture plus large et plus systématique, des ensembles de données nationaux intégrés et des solutions aux défis liés à la confidentialité et à l'intégration des données. Cette transition en cours contribuera à soutenir une réponse nationale plus complète et mieux coordonnée à la RAM.

Faits saillants Implications potentielles

2017 à 2021 :

5 707 isolats d'infections sanguines (IS) ; 50 % étaient causés par des bactéries à gram négatif, 47,6 % par des bactéries à gram positif et 2,4 % par des agents pathogènes fongiques.

Principaux agents pathogènes et tendances en matière de résistance :

E. coli (27 % des infections sanguines) : 13 % soupçonnés d'être BLSE (niveau 1 — résistants au céftobiprole (antibiotique plus récents réservés aux cas complexes).
S. aureus (17 % des infections sanguines) : 19 % de SARM (niveau 2 — priorité moyenne-haute).
K. pneumoniae (10 % des infections sanguines) : < 1 % de résistance aux carbapénèmes (niveau 1 — priorité élevée).
P. aeruginosa (4 % des infections sanguines) : 15 % résistante au méropéném (niveau 1 — priorité élevée).
E. faecium (3 % des infections sanguines) : 21 % ERV (niveau 2 — priorité moyenne-haute).
E. faecalis (4 % des infections sanguines) : 0 % ERV.

Les bactéries à gram négatif sont responsables d'une part importante des infections sanguines au Canada et sont associées à une augmentation de la morbidité et de la mortalité.

Met en évidence les menaces prioritaires liées à la RAM ; identifie les agents pathogènes pour lesquels les options thérapeutiques sont limitées ou pour lesquels l'émergence d'une résistance est préoccupante.

Les infections émergentes résistantes au carbapénème posent de sérieux défis cliniques et soulignent la nécessité d'une surveillance et d'une gestion continues à l'échelle nationale.

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